Le parc de sculptures —

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Le parc du Domaine de Kerguéhennec est un lieu de référence en matière de présentation de la sculpture contemporaine. Créé à partir de 1986 à l’initiative du Ministère de la culture, de la Drac Bretagne et du Frac Bretagne, le parc de sculptures réunit trente-trois oeuvres d’artistes majeurs. En écho ou en contrepoint, s’instaure une rencontre entre l’art et le paysage. Les œuvres, qui, pour l’essentiel, ont été réalisées spécifiquement pour le parc dans le cadre de commandes, proviennent de différentes collections publiques : Fonds national d’art contemporain, Frac Bretagne et Département du Morbihan.

 

Pour partir à la découverte de ces scuptures, les visiteurs sont invités à emprunter les deux parcours mis en place au Sud et au Nord du château, en suivant la signalétique installée dans le parc ou le Guide-plan du parc de sculptures (2 euros, en vente à la boutique).   

 

[Nouveau] A l'occasion du 30e anniversaire du parc de sculptures (2016), un livret a été conçu spécifiquement pour les familles. Ce support orginal et ludique permet une visite du parc de sculptures en autonomie avec des enfants (2 euros, en vente à la boutique).
Reportage de 6 minutes (Tébésud) sur une famille en visite dans le parc : http://www.tebesud.fr/default.asp?mode=rechercheResult&crit1=300&id=106105

 

Le parcours Nord

Richard Artschwager(1923-2013 – États-Unis)
Step to entropy

2003 – Granit de Bignan, galets

Acquis par commande de l’État

Coll. Centre national des arts plastiques

Step to entropy est une sculpture en trois éléments : Fauteuil, Temple et Sentier. L’œuvre propose un échange entre un monde ordonné, en représentation (le fauteuil monumental et, en amont, le parc dessiné) et une réalité de la vie en société qui induit nécessairement du désordre (chaos de l’emmarchement). Le sentier de galets marque cette direction vers quelque chose d’indéterminé, vers l’extérieur du Domaine. Les dimensions de la sculpture se prêtent à une utilisation collective. L’artiste invite à expérimenter l’œuvre, à la parcourir, à s’y asseoir, afin que le désordre ainsi créé libère l’énergie emmagasinée dans la matière.

« Il fallait que ce soit un Pas vers… quelque chose. Le mot entropie trouvait ici sa place. Vous pouvez dire chaos, mais je préfère entropie. » Richard Artschwager

Vincent Barré1948 - France
Couronne

2004 - Fonte de fer
Dépôt de l'artiste

Les lignes géométriques et abstraites de la sculpture de Vincent Barré sont à la fois évocatrices de  formes organiques et d'objets créés par l’homme. Les formes ouvertes, fendues, laissent circuler l'air et le regard jusqu'à inviter à entrer dans l'œuvre. « Aller voir l’intérieur nécessite une action. Je voudrais induire un mouvement de curiosité ». Dépourvue de socle, elle invite le spectateur à l'approcher physiquement, à en appréhender les vides et les pleins, les matières et les textures.  La fonte de fer révèle les traces de fabrication : soudures, empreintes des imperfections du moule d'origine, cicatrices. « J’aime les sculptures ouvertes qui montrent la minceur de la peau. Je cherche une perception claire du processus et du matériau d’origine ». Vincent Barré

François Bouillon(1944 – France)
Cène d’extérieur

1986-1987 – 13 éléments, bronze blanc patiné et granit

Ancien titre donné par l’artiste : Le chant des pots, cène d’extérieur

Acquis par commande à l’artiste en 1987

Coll. Fonds régional d’art contemporain de Bretagne

Les mots choisis par l’artiste sont : sourd, comme un pot, premier mari des adeptes du vide, oiseux-leurre, chut, Eve, guettée par l’ennui, sort, de l’ombre, masquée, le Niger coule sur ses âmes, silence lent, Sésame meurt. Dans l’œuvre Cène d’extérieur, les formes et les sons se répondent et créent des fragments d’imaginaire. Chacune des treize pièces nous délivre un ou plusieurs mots en cohérence avec sa forme. Cette incantation, qui peut être scandée en boucle, confère une dimension magique et symbolique à l’œuvre de François Bouillon.

« L’installation mise en place, il n’apparaît sans doute pas grand-chose du processus qui m’a guidé. D’ailleurs, cela n’a sans doute pas beaucoup d’intérêt. Ce qu’on montre, c’est le reste d’une manipulation mentale. » François Bouillon

Jean-Gabriel Coignet(1951 – France)
Ana 2.108.1210.F.D.D

2001 - Acier métallisé, peinture polyuréthane
Don de Florence et Daniel Guerlain
Coll. Département du Morbihan

Les sculptures de la série Ana sont peintes d’une seule couleur, elles s’organisent autour d’une ouverture décentrée. La base asymétrique encadre une partie du sol sur lequel elle repose et fait seuil. Des deux extrémités arrière de cette base, se dresse perpendiculairement un portique formant élévation. Cette construction totalement orthonormée mais combinant des décalages, amène à l’aborder de façon oblique. Selon leur échelle, ces sculptures sont soit proches de l’objet soit rejoignent les dimensions d’un abri mais pas au-delà car comme le déclarait Max Bill il y a quelques années lors d’une émission à la radio, « la sculpture est inhabitable ».

Roland Cognet(1957 – France)
Chêne

2014 – Bois et acier

Œuvre réalisée dans le cadre d’une résidence de création au Domaine (juillet-août 2014), dépôt de l’artiste.

« En résidence au Domaine de Kerguéhennec, j'ai travaillé sur une sculpture qui se dessine à partir d’un arbre abattu à la suite d’une forte tempête l’hiver dernier (2013-2014) ;
Cette bille de chêne aux dimensions très imposantes contient une mémoire du lieu et j'ai souhaité l’utiliser dans un rapport sculptural et architectural avec le château et son mur d’enceinte. » R. Cognet 

 

Marcel Dupertuis(1941 – Suisse)
Lichtung 1 (Clairière)

2013 - Bronze patiné
Coll. Département du Morbihan

Si les sculptures de Marcel Dupertuis sont réduites jusqu’à la ligne, la matière n’en est pas éliminée pour autant. Celle-ci reste bien présente, entre allègement et pesanteur, et dans une tension que vient redoubler le matériau choisi par l’artiste : le bronze, traditionnellement utilisé en sculpture mais réputé pour sa robustesse et sa densité plus que pour sa légèreté. Marcel Dupertuis propose ainsi un jeu sur les apparences et sur les propriétés physiques des matériaux qu’il travaille, passant par le procédé complexe et classique de la fonte pour obtenir ces sculptures aériennes.

Texte de Florence Jaillet, historienne de l'art

 

Nicolas Fedorenko (1949 - France)
Paysage spirituel

2014 - Fonte dorée

Dépôt de l'artiste

Nicolas Fedorenko développe un univers artistique aux références multiples, qu’il puise aussi bien dans l’histoire de l’art et la littérature que dans les arts populaires et l’industrie culturelle. Faisant fi des catégories et de leur hiérarchie, il mêle les références classiques aux icônes naïves de l’enfance – oursons, lapins, poupons – dans des combinaisons de formes où l’humour le dispute à la rêverie.
Paysage spirituel est l’aboutissement d’une réflexion menée par Nicolas Fedorenko sur le thème de la montagne, à la fois éternelle et soumise à d’incessantes mutations physiques. Cette sculpture (qui avait été conçue avec l'aide de Arts sur la pointe en 2014) aborde la question du paysage dans sa dimension poétique et onirique. (Extrait du texte de Florence Jaillet, historienne de l'art)

Ian Hamilton Finlay(1925-2006 – Écosse)
Noms de plaques, noms d’arbres

1986-2002 – 10 plaques en travertin de Portland,

5 plaques rectangulaires, 5 plaques ovales

Acquis par commande de l’État

Coll. Centre national des arts plastiques

Ian Hamilton Finlay installe dix plaques dans l’arboretum. Cinq, rectangulaires, portent le nom latin de l’arbre sur lequel elles se trouvent. Elles font référence à l’étiquetage des essences rares qui existent sur le Domaine depuis le XIXe siècle. Cinq autres plaques, ovales, indiquent les noms de couples célèbres de la littérature ayant immortalisés leur amour dans l’écorce des arbres. L’artiste nous parle ici de mémoire et d’esprit du lieu à travers des références littéraires et paysagères.

Harald Klingelhöller(1954 – Allemagne)
Mit Buchstaben der Worte : Unrecht schreit (Avec des lettres de : injustice crie)

1995-2003 – Granit noir d’Afrique du Sud

Acquis par commande à l’artiste en 1995

Coll. Fonds régional d’art contemporain de Bretagne

 

Appuyée contre la façade du château, l’œuvre se présente tel un amoncellement de matériaux de chantier. Quel chantier ? Les blocs de marbre qui constituent cette forme, des lettres que le titre de l’œuvre dit littéralement — Avec des lettres de : injustice crie — indéchiffrables, peuvent apporter une réponse. Le chantier serait celui du sens, toujours à construire, à élaborer, comme, peut-être, celui de la justice dont il est question dans le titre et qui fait autant référence à l’histoire du lieu qu’au présent que nous partageons et que nous construisons. Le sens, comme la justice, ne sont pas donnés, figés, mais sont toujours l’objet d’un travail de construction/déconstruction, sociale, politique, et peut-être, aussi, artistique et esthétique…

 

Richard Long(1945 – Angleterre)
Un cercle en Bretagne

1986 – Assemblage de schistes roses de la carrière Yvoir à Saint-Just

Coll. Fonds régional d’art contemporain de Bretagne

La plupart des œuvres de Richard Long, souvent isolées et éphémères, sont visibles à travers des photos et des croquis. Un cercle en Bretagne est visible de manière permanente et parle directement à nos sens. La forme circulaire universelle et symbole d’infini, a inspiré beaucoup d’autres artistes. Le spectateur perçoit cette forme organique et géométrique dans l’expérience de son propre parcours. L’accumulation des pierres n’a rien de « naturel » ; elle est rationnellement organisée par l’artiste.

« Mes sculptures en plein air sont des lieux. Le matériau et l’idée appartiennent au lieu ; sculptures et lieu sont une seule et même chose. Le lieu s’étend aussi loin que l’oeil peut voir, à partir de la sculpture. L’endroit de la sculpture est trouvé en marchant. Certaines de mes œuvres sont une succession de lieux précis tout au long d’une marche.» Richard Long

 

Maria Nordman(1943 – Allemagne)
Fragment pour une cité future

1987-1989 – Granit de Bignan et ardoise de Noyant-La-Gravoyère

Acquis par commande de l’État

Coll. Centre national des arts plastiques

 

Maria Nordman a choisi d’intervenir dans les ruines des anciennes forges. Elle s’intéresse souvent à es lieux de confrontation entre la nature et l’Homme. Dans ces deux espaces qui se répondent, elle a utilisé le granit (le sol), l’ardoise (le mobilier) et l’eau (les deux vasques), le granit et l’ardoise étant autant des références à la culture de la région qu’à la nature. L’eau contenue par les deux vasques crée un jeu de miroir, comme le bassin dans la cour d’honneur. Maria Nordman envisage une cité nouvelle qui ne pourrait naître qu’en incluant le passé. Elle fait revivre ces espaces en nous invitant à y pénétrer de nouveau.

 

Julien Perrier(1970 – France)
Ludwig

2014 - Céramique émaillée et fonte d’aluminium dorée à la feuille

 

Le sculpteur Julien Perrier puise son inspiration dans l’histoire, la mythologie ou les lieux investis. À Kerguéhennec, la sculpture Ludwig habite et souligne le bassin de la cour d’honneur du château. L’artiste reprend des motifs de l’ancien jet d’eau (roseau) et compose avec des éléments architecturaux comme les obélisques de l’Égypte antique ou les majestueuses fontaines richement ornementées de la Renaissance Italienne. Éléments végétaux et formes animales émaillés ou dorés à la feuille d’or animent cette installation. Cette œuvre illustre l’univers joyeux, poétique et plein de fantaisie de l’artiste.
Tourbillon calme. Julien Perrier ne s’amuse pas, il travaille sérieusement à s’amuser. C’est là pour moi la clé de son œuvre. Jérôme Letinturier, artiste.

 

Markus Raetz(1941 – Suisse)
Mimi

1979-1986 – Granit de Bignan

14 blocs rectangulaires de section carrée

Acquis par commande de l’État en 1989

Coll. Centre national des arts plastiques

Cette sculpture horizontale, allongée au sol, trouve son équilibre avec la verticalité des grands arbres qui l’entourent. La position de ce corps de pierre est propice au repos et au calme. Le jeune chêne que l’on peut voir à côté fait partie intégrante de l’œuvre. Il est le « faiseur d’ombre » de Mimi. Il a été planté suite à la chute de l’imposant chêne qui abritait la sculpture. Le titre, Mimi, est une référence aux noms des esprits protecteurs de la nature présents dans la mythologie des aborigènes australiens.

 

« Je travaille mieux si je peux développer sur le lieu, et pas à pas, l’ensemble ; ainsi le résultat final s’adapte le plus harmonieusement à son entourage. » Markus Raetz

 

Ulrich Rückriem(1938 – Allemagne)
Bild Stock

1985 – Granit bleu de Normandie taillé et poli

Acquis par commande à l’artiste en 1985

Coll. Fonds régional d’art contemporain de Bretagne

En Allemagne, les Bild stock sont des sculptures religieuses. Installées le long des chemins, elles comportent quatre niches dans lesquelles sont sculptés des saints. Ici, Ulrich Rückriem se réfère à la forme et à la position de ces monuments religieux. Toutes les parties (sauf les trois ouvertures) de ce bloc de pierre débité, ont été rassemblées afin de reconstituer sa forme primitive. L’artiste nous invite à regarder le cœur de ce bloc de granit. Cette partie centrale, protégée mais visible, a été polie ; elle reflète le visiteur.

« À proximité des constructions, j’aurais sûrement choisi une forme close, dans ce parc très boisé je préférais cette forme ouverte. En recherchant un lieu pour mon travail dans le parc de Kerguéhennec, je voulus faire quelque chose de petit, dans des proportions humaines, sans exigence, modeste et seul. » Ulrich Rückriem

Pierre Tual(1941 – France)
Grande oblique

1986 – Acier cor-ten
Coll. Département du Morbihan

 

Qu’elle soit d’un bleu éclatant et posée sur l’herbe face au château, ou rouillée et appuyée contre une façade, chaque œuvre de Pierre Tual, en acier - son matériau de prédilection - constitue une présence insolite dans le paysage. Ces deux œuvres illustrent la quête du vide, notion au cœur du travail de l’artiste.
Dans Grande oblique, appartenant à la série Cornière, poutre et plaque d’acier, on observe, non seulement, un jeu avec l’espace, mais également entre chaque composante de l’œuvre : la poutre massive semble porter la cornière et la plaque qui, elles-mêmes, allègent l’ensemble.
« Je plie la tôle par ruse […] Le volume se révèle ainsi, l’air entre dedans, tout se fait en douceur, en accompagnant le matériau ». Pierre Tual

 

Carel Visser(1928 – 2015 Pays Bas)
L’Oiseau Phénix

1989 – Métal découpé et soudé, peinture

Acquis par commande à l’artiste, installé en 1990

Coll. Centre national des arts plastiques

 

Carel Visser a assemblé différents éléments d’acier qui constituent ce qu’il a nommé L’Oiseau Phénix. Il a installé cet animal étrange et mécanique sur une parcelle d’herbe proche du château. La récupération d’une goulotte de moissonneuse ou d’un chariot renvoie aux machines agricoles. Cet assemblage de métal est mis en regard du château et du parc. Cette œuvre nous offre une confrontation, entre le monde rural, représenté par les machines agricoles, et le prestige du château. L’artiste fait naître un questionnement sur le passé et le présent, la relation nature-culture.

Le parcours Sud

Marina Abramovic(1946 – Serbie)
Crystal Cinema

1992  –  Quartz et structure métallique, tabouret de bois

Acquis par commande de l’État en 1992

Coll. Centre national des arts plastiques

Crystal Cinema présente un bloc de cristal de quartz fumé, extrait au nord du Brésil, encastré dans le mur d’une petite salle blanche. Un siège nous invite à la contemplation et à la méditation. C’est un

« power object » [objet à pouvoir], qui se révèle dans sa capacité à concentrer l’esprit de celui qui l’écoute et le regarde. La préciosité du cristal, qui d’ordinaire fait l’objet de convoitise, s’offre ici à tous, sans limite de temps. Marina Abramovic nous propose un cinéma muet qui raconte quelques trente-cinq millions d’années. 

Simon Augade(1987 – France)
Soulèvement

2016 – bois de charpente, bois de récupération, clous, vis, peinture
Dépôt de l’artiste depuis 2016

Accueilli en résidence au printemps 2016, Simon Augade a réalisé, à partir de bois et de matériaux de récupération, une création in situ dans le bassin, asséché, de l'ancien potager. De cet espace en creux, à peine perceptible, jaillit dans un mouvement suspendu, un volume composé d'éléments épars contrastant avec l'horizontalité de l'environnement.

 

L'intérieur de la sculpture se visite uniquement en petit groupe dans le cadre des visites accompagnées.

 

Élisabeth Ballet(1956 – France)
Trait pour trait

1993-2007  –  Acier inoxydable

Acquis par commande de l’État

Coll. Centre national des arts plastiques

Élisabeth Ballet crée une “cage” faite de barreaux en acier inoxydable. Celle-ci est installée loin du château, dans une vallée à l’aspect sauvage. Cette “ cage ” n’a ni toit, ni socle, ni serrures ; elle n’enferme rien. Cette œuvre nous invite à observer le lieu, à en apprécier les spécificités visuelles et sonores, par les multiples cadrages que forment ses barreaux. Le visiteur est ainsi largement

invité à y pénétrer. La sculpture s’intègre entièrement à cette clairière et devient une perspective propre à l’environnement.

« À Kerguéhennec, les arbres, encerclant totalement la clairière, sont devenus mes modèles, leurs longs fûts verticaux se sont convertis en barres d’acier formant un cercle, trait pour trait avec le paysage »

Élisabeth Ballet

Bauduin(1943 – France)
La Porte de l’ailleurs, Demeure n° 12

1988, réalisation 2012

Granit de Bignan

Acquis par commande à l’artiste

Coll. Département du Morbihan

La Porte de l’ailleurs, Demeure n° 12 fait partie d’une série de 44 pièces-objets réalisée en 1988 sous forme de « Dessins de terre ». Réalisée avec du granit de Bignan, cette sculpture se présente comme un passage, à la fois porte et fenêtre, « J’aborde dans cette œuvre le thème du passage : vivre le lieu-nature, abandonner son soi à ce qui est, aller à l’inconnu, dé-couvrir, dé-buter, qui sont des questionnements récurrents dans mon travail. Le portique présenté est orienté Est-Ouest. Demeure = être là. » Bauduin

François Feutrie(1983 – France)
Cinéma néo-Renaissance

2016 - Béton cellulaire, mortier colle, béton armé
Dépôt de l’artiste depuis 2016

La pièce Cinéma néo-Renaissance évoque un déplacement du faux, de l’imitation et de la représentation de la "nature", dans la "nature", tel le copier-coller que l’on pourrait utiliser dans un logiciel de retouche d’image. La sculpture en bas-relief est composée de motifs décoratifs représentant des éléments de nature, inspirés de différents styles et de différentes époques, aux courbes végétales et organiques, les feuilles d’Acanthe (figure d’ornement par excellence) et des empreintes d’insectes (vermicules), que l’on peut observer dans l’architecture et le mobilier du château de Kerguéhennec.
Ces éléments sont agrandis à l’échelle humaine pour venir s’inscrire dans le paysage et composer un bas-relief qui prend place dans la cour de l’ancienne ferme.

Oeuvre réalisée dans le cadre de sa résidence à Kerguéhennec (automne 2016).

Hreinn Friðfinnsson(1943 – Islande)
Second House (Résidence secondaire)

2007 – Métal, verre, bois et objets divers

Acquis par commande de l’État

Coll. Centre national des arts plastiques

En 1974, Hreinn Friðfinnsson s’inspire d’un roman où le héros, soucieux d’ouvrir sa maison à tous, décide de la reconstruire à l’envers. Il réalise alors cette maison retournée dans un endroit inhabité d’Islande. Trente ans plus tard, à Kerguéhennec, il retourne sa première réalisation. Il ajoute une dimension poétique à un lieu normalement commun à tous, la maison, en l’installant là comme un écrin de mystères. L’artiste crée un objet de conte que l’on observe à la dérobée, un lieu d’intimité offert à la vue de tous. Une fenêtre ouverte aux curieux, au monde.

« La maison de Kerguéhennec est d’une certaine façon l’inverse de celle de 1974. Elle n’est pas de celle où l’on peut entrer, mais l’intérieur est visible à travers les fenêtres et les vitres de la porte d’entrée. » Hreinn Friðfinnsson

Toni Grand(1935-2005 – France)
Sans titre

1988 – Congres, polyester stratifié

Acquis par commande de l’État

Coll. Centre national des arts plastiques

Toni Grand emprisonne sept congres (grosses anguilles) dans une résine souple et verdâtre. Cette pièce qui se dresse vers le ciel est une réponse à la verticalité de l’architecture. Par son emplacement et par sa texture, cette colonne est à la fois végétale et architecturale.

L’artiste utilise sept poissons en référence à la symbolique «  sacrée » de ce chiffre. Le matériau crée, avec la lumière, un jeu de transparence et d’opacité. À certaines heures de la journée, la résine laisse apparaître les sept poissons emprisonnés.

Étienne Hajdu(1907-Roumanie – 1996-France)
Sept colonnes à Stéphane Mallarmé

1967-1971 – Bronze, sept éléments

Acquis en 1983, installé en 1986

Coll. Fonds régional d’art contemporain de Bretagne

Sept colonnes à Stéphane Mallarmé est la première sculpture à être installée dans le parc, en 1986. D’abord réalisées en plâtre, ces colonnes, disposées en cercle, sont un équivalent plastique du poème de Stéphane Mallarmé Un coup de dés jamais n’abolira le hasard. Étienne Hajdu s’attache à la forme circulaire des poèmes de Mallarmé, qui n’ont ni début, ni fin. Par son travail du bronze, l’artiste fait apparaître des formes végétales et donne à son œuvre le souffle d’une vie organique.

« Cet hommage au poète est une équivalence plastique ; chaque colonne a son expression autonome. Ce regard circulaire autour de l’œuvre, qui recompose à chaque déplacement une nouvelle vision, transfigure le jeu des ombres et des lumières comme la musique des mots. Dans cette forêt bretonne ce sera peut-être la résurgence inattendue de l’antique grandeur rejaillie avec la force des souvenirs millénaires » Étienne Hajdu

Julien Laforge(1983 - France)
Mimesis

2012 - Contreplaqué, bouleau bakélisé, chêne, douglas, toile pvc
Coll. Département du Morbihan

Dans le parc, à la lisière du bois et des parcelles agricoles, et en léger surplomb, Julien Laforge a installé, au terme de sa résidence au Domaine, une sculpture-observatoire-cabane-refuge... un lieu d'observation privilégié d'où le regard s'échappe à travers des interstices en forme de découpes d'éléments visuels glanés ici et là dans la propriété et ses alentours. Une étrange sculpture, aux allures primitives, occupe une partie de l'espace intérieur.

François Morellet(1926 – France)
Le Naufrage de Malévitch

1990 – Béton, 3 éléments

Acquis par commande de l’État en 1989

Coll. Centre national des arts plastiques

Cette œuvre illustre parfaitement l’attitude dynamique que François Morellet exige du visiteur. En effet, un effort d’imagination est nécessaire pour reconstituer, à partir de ces trois angles, les 9/10e du carré immergé. Par le matériau employé (le béton), la couleur blanche et la forme géométrique, cette sculpture contraste avec le paysage. Le titre est une évocation ironique d’un tableau du peintre Kazimir Malévitch, Carré blanc sur fond blanc (1918), considéré aujourd’hui comme l’une des œuvres les plus importantes de l’histoire de la peinture abstraite.

« Les œuvres d’art sont un coin à pique-nique, une auberge espagnole où l’on consomme ce que l’on apporte soi-même. » François Morellet

Marta Pan(1923 - Hongrie – 2008 - France)
Parcours flottant n°1, Parcours flottant n°2

1986 – Résine de polyester moulée et peinture polyuréthane

Acquis par commande de l’État en 1986

Coll. Centre national des arts plastiques

Les deux parcours flottants présents ici font abstraction du poids des structures et du socle habituellement présent. L’impression de légèreté est accentuée par les remous et sillages autour des deux sculptures. Ce dialogue entre l’eau et le matériau provoque un questionnement sur la place de l’œuvre dans cet environnement. Le tracé rouge qu’elle forme marque un contraste avec le vert environnant, tout en étant complémentaire. Les effets de mouvements, de reflets, et l’absence de socle visible, amènent à s’interroger sur la matérialité de ces formes abstraites.

« Deux sculptures se répondant de part et d’autre de la digue flottent sur l’eau. Elles établissent une correspondance à 200 mètres de distance et ponctuent l’espace. La plus grande est le développement, l’âge adulte de l’autre sculpture, en boucle, noyau refermé sur lui-même. Se déplaçant sur l’étendue d’eau les deux sculptures y tracent leur signe en rouge. Visibles de loin, séparément ou ensemble, elles s’inscrivent dans le paysage. » Marta Pan

Giuseppe Penone(1947 – Italie)
Sentier de Charme

1986 – Bronze, charme

Acquis par commande à l’artiste en 1986

Coll. Fonds régional d’art contemporain de Bretagne

Sentier de Charme représente un corps féminin en mouvement, laissant au sol les traces de son passage, et contenant un charme. Le mouvement créé par la pièce de Giuseppe Penone va à l’encontre de l’esprit architectural de la hêtraie. L’artiste fait allusion à la présence de l’Homme et au désordre qu’il crée en se déplaçant. Le corps de bronze, imitant l’aspect de l’écorce, dialogue avec la nature qui l’entoure et aussi celle qui pousse en lui. L’œuvre peut être vue comme un symbole de la relation entre les hommes et la nature.

« Je ne m’occupe pas du paysage. Mais je recherche dans le paysage la matière pour réaliser mon travail, ou l’architecture dans laquelle mon travail puisse vivre. » Giuseppe Penone

Matthieu Pilaud(1981 – France)
La Hache et la rose

2014-2015 - Sapin de Douglas, acier inoxydable, 30 x 18 x 7 m

Dépôt de l'artiste

"La Hache et la rose est en quelque sorte l'empreinte contemporaine des formes et des principes esquissés dans la nature du Domaine de Kerguéhennec. Elle s’inscrit dans une clairière à la croisée des chemins, au bout d'une plantation de jeunes arbres composée d'érables et de tulipiers de Virginie. Je voulais définir cette clairière, la circonscrire tout en lui laissant son caractère traversable. J'imaginais un lien qui, à la fois unirait ces arbres, et qui apporterait un horizon sinusoïdal à la verticalité régulière de ces troncs. Je voulais une structure légère, simple qui travaillerait avec la densité et la transparence, une forme fusionnelle  avec le tronc. L'emplacement et la composition de ces arbres génèrent le dessin de la sculpture. Au bout de chaque extrémité de la sculpture est placée une forme en acier soudé, objet hybride entre le masque, le bouclier ou le blason... Ils sont les feuilles, les fruits, les visages de ce grand arbre couché qui danse entre ses congénères." Matthieu Pilaud

 

Jean-Pierre Raynaud(1939 – France)
1000 pots bétonnés peints pour une serre ancienne

1986 – Serre, pots et béton peints

Acquis par commande à l’artiste en 1985

Coll. Fonds régional d’art contemporain de Bretagne

Jean-Pierre Raynaud a choisi la serre, lieu de confrontation entre la matière vivante et la matière inerte. Les pots de fleurs utilisés sont empruntés au réel mais détournés de leur fonction première ; l’artiste les a remplis de béton, rompant avec les représentations d’une nature idéalisée. La couleur rouge renforce cet effet de contraste. L’installation de Jean-Pierre Raynaud questionne et interpelle sur la mort inévitable de tout être vivant. Dans cette serre, rien ne pousse, rien ne vit… Mais rien ne meurt non plus.

« À l’école d’horticulture, on m’a appris à soigner les fleurs, mais pas à les empêcher de mourir. Je décidais d’éviter de nouvelles victimes en remplissant les pots de fleurs avec du ciment.» Jean-Pierre Raynaud

Pierre-Alexandre Remy(1978 – France)
Portrait cartographique

2012 – Acier, acier galvanisé, élastomère (Avec le soutien de Wattelez Elastomères).

Coll. Département du Morbihan

Pierre-Alexandre Remy prend comme point de départ de son travail une carte IGN du Domaine de Kerguéhennec. Il en isole trois circuits : les routes, les courbes de niveau et les cours d’eau. Ces trois éléments se retrouvent dans sa sculpture sous la forme de trois lignes de caoutchouc qui se raboutent à des barres d’acier assemblées dans un apparent désordre voulu par l’artiste. Ces trois lignes sont de couleur bleue (cours d’eau), orange (courbes de niveau), noire (routes), rappelant les couleurs utilisées dans les cartes topographiques. L’artiste a conçu cette œuvre lors d’une résidence de trois mois au Domaine de Kerguéhennec, à l’été 2011.

« La sculpture devient alors une représentation de mon expérience du lieu, de ce que j’en ai retenu, de ce sur quoi mon attention s’est portée, du souvenir qui en résulte. Elle en dessine le portrait ». Pierre-Alexandre Remy. 

Keith Sonnier(1941 – États-Unis)
Porte-vue

1987 – Granit de Lanhélin

Acquis par commande à l’artiste

Coll. Fonds régional d’art contemporain de Bretagne

Cette pièce, constituée de trois blocs monumentaux, évoque immédiatement la forme d’un dolmen. Le titre fait référence aux expressions “porte-voix” et “point de vue”. Les deux blocs porteurs, forés à hauteur d’œil, nous invitent à regarder des fragments du paysage. La sculpture “ amplifie ” la vue. Porte-vue est situé à un endroit stratégique du parc, d’où l’on peut voir les principaux lieux du Domaine. Ce choix est une référence directe aux anciens dolmens, qui se situaient toujours en hauteur, pour être à la fois un point stratégique de protection et près du ciel pour les cérémonies.

« Avec Porte-vue, j’aborde pour la première fois le volume […]. Comme pour les pièces de métal, on peut marcher à l’intérieur de la sculpture. L’idée de passage est très ancienne. J’aime que mes travaux rappellent quelque chose du passé » Keith Sonnier

Pierre Tual(1941 – France)
Bleu Méditerranée

1995 – Acier zingué peint

Coll. Département du Morbihan

Qu’elle soit d’un bleu éclatant et posée sur l’herbe face au château, ou rouillée et appuyée contre une façade, chaque œuvre de Pierre Tual, en acier - son matériau de prédilection - constitue une présence insolite dans le paysage. Ces deux œuvres illustrent la quête du vide, notion au cœur du travail de l’artiste.

Bleu Méditerranée peut être vue comme une manifestation matérielle d’un vide en trois dimensions. C’est une œuvre qui s’ouvre à la fois vers le sol et vers le ciel, ainsi que vers l’architecture et le parc. À l’image d’une fenêtre ouverte, elle nous offre une perspective sur le paysage environnant.

« Je plie la tôle par ruse […] Le volume se révèle ainsi, l’air entre dedans, tout se fait en douceur, en accompagnant le matériau ». Pierre Tual